Chartres

Une halte lumineuse

A une heure de Paris, proche de deux Parc Naturels Régionaux et traversée par l’Eure, j’ai posé mon sac de pèlerin dans la ville de Chartres. Subjuguée par la taille et l’harmonie de la cathédrale chef d’œuvre de l’art gothique, j’ai médité devant la relique du Voile de la Vierge. Comme Henri IV et le poète Charles Péguy, j’ai écouté le son des cloches, le murmure des prières et j'ai aimé la sérénité de ce grand vaisseau. J'ai aussi flâné dans les rues anciennes, un sachet de macarons à la main. Chartres: une étape dans la douceur.

Je m’attarde à Chartres « capitale de la lumière  », pour entrer dans l’histoire de la ville et de sa cathédrale dédiée à la Vierge Marie, haut lieu de spiritualité, reconnu patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1979

C’est parce que Charles Péguy était un habitué des pèlerinages vers Chartres qu’un chemin porte son nom. Si je ne vais pas, à l’image du poète, implorer les grâces de Notre Dame pour la guérison de mon fils (qui est en pleine forme) je décide tout de même d’emprunter l’itinéraire : le printemps qui symbolise le renouveau de la nature rime à mon sens parfaitement avec la poésie qui se dégage de la figure de Marie. 
Pourquoi le choix de cette saison ? Un cheminement sous un soleil plus tendre que celui de l’été et la possibilité de vivre l’expérience « Chartres en lumières », un peu avant la foule de l’été. 

Chartres en Lumières
Chartres en Lumières

L’itinéraire est plat, ponctué de villages, traversé de forêts, et parsemé de champs : la fameuse plaine de la Beauce. A quelques kilomètres de Chartres, on aperçoit déjà, ses deux flèches d’une centaine de mètres de haut, pointées vers le ciel. J’accède à Chartres par la ville basse, celle des bords de l’Eure avec ses allures médiévales. La cathédrale domine à quelques mètres du petit pont Bouju, en maternelle protectrice de sa cité. Une dizaine de photos plus loin, je marque un détour par le marché sous la halle place Billard et je termine mon ascension vers Marie et son fils Jésus, dans leur vaisseau de pierre.

C’est une émotion puissante qui s’installe en moi. J'attribue cette surprise à l’architecture démesurée de l’édifice mais aussi à tous ces hommes, toutes ces femmes, magnifiques sculptures qui ornent l’imposant portail royal. J’imagine la dextérité, l’ambition et la témérité des bâtisseurs et je suis sans voix.
A l’intérieur, 2 600m2 de verrières, et 175 représentations de Marie, un grand autel sculpté par GOUDJI grand nom de l’orfèvrerie contemporaine sacrée, et le silence règne malgré l’immensité: une méditation est possible.

Avant de rejoindre Notre dame du Pilier et prier pour ma famille, puis pour la paix dans le monde, je plonge dans l’histoire de ce lieu de culte ancestral maintes fois abîmé par les flammes mais qui, tel le phénix (avec l’aide de quelques hommes tout de même) renaît de ses cendres. Jusqu'au grand incendie de 1194. L'unité de l'édifice, qui date du XIIIème siècle est réellement fascinante: presque tout est conservé: architecture, vitraux, sculptures!

Le 27 février 1594, Henri de Navarre est sacré roi de France en la cathédrale de Chartres alors que tous les rois à partir des capétiens furent sacrés à Reims. Cette année-là, la ville champenoise est entre les mains de l’ennemi.
 

La cathédrale depuis la plaine de la Beauce
La cathédrale depuis la plaine de la Beauce
Grand autel sculpté par GOUDJI
Grand autel sculpté par GOUDJI
Rosace de la Cathédrale
Rosace de la Cathédrale

Loin de la brutalité des guerres de religions et de tous les tracas du monde, il y a ici la douceur: celle du voile qu'aurait porté la Vierge Marie lors de l’Annonciation et au moment de la naissance de l’Enfant Jésus. Assis ou agenouillés, pèlerins d’ici ou d’ailleurs, murmurent leurs prières, je choisi un siège en silence dans le respect de cette conversation invisible, peut-être avec la Vierge, ou son fils Jésus.

En fin d’après-midi, je quitte les lieux, un dernier regard aux sculptures du portail royal moins impressionnantes dans la teinte dorée que leur confère le soleil couchant.
Bientôt la cathédrale et tout le patrimoine de la ville entrera dans la féérie de la scénographie « Chartres en lumières ».
Note à moi-même : avant la nuit, ne pas oublier d’acheter un sachet de macarons “passion chartraine” pour Mamie...et un pour moi !

Le lendemain, rassasiée de douceurs (j’ai déjà mangé tous les macarons hier soir), je me prépare à me laisser bercer par le joyeux cliquetis de l’Eure lors d’une descente en canoë au départ de saint Prest en direction de l’incroyable château de Maintenon qui abrita les célèbres amours de la Dame qui porte son nom et de Louis XIV. J’aime cette époque où tout était prétexte à festoyer, peut-être entendrai-je les talons du roi Soleil frapper le sol de la grande galerie...

De mon passage dans cette ville à taille humaine de la région Centre-Val de Loire, je retiens la persévérance de la cathédrale à traverser les siècles pour inviter croyants et non-croyants sur le chemin de la miséricorde, du pardon, et aider chacun d’entre nous à maintenir la flamme.
 

Voile de la Vierge
Voile de la Vierge
mardi
23 avril
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