Une ville sanctuaire au cœur du pays du Coquelicot
Laissez-vous guider par la lueur d'une Vierge dorée, haut perchée, qui veille sur la ville sanctuaire d'Albert. Entre l’immensité du ciel, étangs et plaines qui n'en finissent pas, je vous emmène pour une escapade spirituelle et mémorielle en vallée de la Somme.
De Vendeville à Albert : un itinéraire de résilience en Hauts-de-France.
Lors de mon séjour dans la ville sanctuaire de Vendeville, Sainte Rita, la patronne des causes désespérées, m'a appris la patience, cet espoir qu’elle a conservé malgré les épreuves. Je reprends la route pour 78 kilomètres vers le sud, toujours dans les Hauts-de-France, avec ce bagage précieux. Dans la Somme, je m'apprête à découvrir la force de la réconciliation auprès de Notre-Dame de Brebières dans la ville d’Albert.
Selon la saison, il paraît qu’ici la terre parle un langage coloré. Au printemps, le jaune du colza explose, suivi en juin par le mauve du lin. Puis vient le temps des coquelicots, fleurs d'espoir, taches rouges au milieu des champs de blé. En cette première semaine de septembre, l'été tient encore ses promesses. Le sanctuaire, quant à lui, se prépare à un pèlerinage marial millénaire : la grande neuvaine. Ma venue à Albert est un rendez-vous avec moi-même autant qu'avec la mémoire collective de cette terre.
Architecture Art déco : le visage d'une cité reconstruite.
En chemin, la vallée de la Somme déploie ses étangs, ses marais et ses méandres tranquilles. Les coteaux offrent des points de vue saisissants depuis les belvédères de Frise et de Vaux où le paysage prend toute son ampleur et le randonneur des photos. À mi-chemin entre Amiens et Bapaume, Albert se lit comme une ligne tracée à la règle. Trois repères s’y répondent sur un même axe : la gare, la basilique, la mairie, trois clochers qui structurent le regard et donnent à la ville sa signature. Ici, la brique rouge, chaleureuse, se pare de caractéristiques propres à l’architecture Art déco et flamande. Plus de 200 façades racontent la reconstruction d'une cité qui a refusé de s'éteindre après de nombreuses destructions.
Entre légende médiévale et mémoire de la Grande Guerre
Ici, la mémoire est partout. Cratères de mines, cimetières militaires, mémorial de Thiepval… Au musée Somme 1916, sous terre, le récit de la bataille de la Somme devient plus concret et l’émotion palpable. Je comprends mieux ce que ces paysages ont traversé. Pourtant, le pays du coquelicot accueille sans faille d’où que l’on vienne, que l’on soit pèlerin, passionné d’histoire ou randonneur. Les fermes centenaires reconverties en hébergements ont gardé leur âme et les propriétaires y transmettent leurs histoires.
Le lendemain, les chants de la neuvaine montent doucement sous la voûte de la basilique Notre-Dame de Brebières. En dessous, invisible, la rivière Ancre continue de couler. Deux mouvements en parallèle dans un même murmure.
Dès le seuil de la basilique, un voyage immobile commence : les minarets d'Orient, les splendeurs de Séville et de Palerme inspirèrent à l'architecte Edmond Duthoit un décor très coloré qu'il imagina au XIXᵉ siècle. On me raconte aussi la légende fondatrice : celle d'un berger qui découvre, grâce à l'obstination d'une brebis, une statue de la Vierge enfouie dans la prairie, marquée au front du coup qu'il lui a donné sans le savoir. « Arrête, berger, tu me blesses. » Ce cri devient un message à transmettre. Très vite, la découverte opère des miracles et les pèlerins affluent. Grâce à la volonté de l'abbé Anicet Godin, la petite Lourdes du Nord se voit dotée d'une basilique à la hauteur de ces siècles de dévotion.
De la Vierge penchée à la Reconstruction
En 1918, la basilique est presque entièrement détruite par les obus. La statue, restée longtemps penchée au sommet, est devenue pour les soldats l’espoir de voir cesser la guerre. La Reconstruction, dans les années 1920, n'efface rien, elle témoigne au contraire d’une grande résilience : reconstruire pierre après pierre, comme on sème des coquelicots.
Un accueil chaleureux au pays du Coquelicot
L’atmosphère voyageuse de la basilique infuse jusque dans les rues d’Albert. L’ouverture au monde se reflète dans les sourires des habitants et les tablées généreuses. Dans les restaurants, la ficelle et la rabote picardes prolongent les conversations après le repas. J’échange quelques mots sur le tourisme de mémoire avec un couple d'Irlandais à la table voisine. Ils me racontent leur émotion, ils sont venus pour saluer un ancêtre et repartent bientôt.
Dans le sanctuaire d’Albert, sur le circuit du souvenir, le silence sacré est discrètement bercé par les langues étrangères des pèlerins venus du Commonwealth ou d'ailleurs. De temps en temps, le son de l’orgue s’élève, puissant sous la voûte bleue et rouge de la basilique.
Et le lendemain, entre Froissy et Dompierre, c'est le ronron du petit train de la Haute Somme qui rythme ma balade sur les rails de l'histoire.
L’expérience d’un tourisme de mémoire à visage humain
De cette étape de quelques jours dans la vallée de la Somme, j'emporte des images pleines de douceur : celles de la Vierge et de ses milliers de feuilles d'or, des familles qui pagaient sur l'eau de la Somme au port de Cappy, de la quiétude du jardin public et des pêcheurs patients autour des étangs du Vélodrome… C'est peut-être ça, le vrai visage de ce lieu : un endroit vivant où chacun trouve sa façon de respirer. Je quitte Albert avec une certitude, celle que le sanctuaire Notre-Dame de Brebières est un lieu d'hospitalité et de réconciliation des nations où les blessures du passé sont une invitation à mettre de la sagesse dans notre humanité.







