Des champs de Brebières aux champs de bataille : l’histoire d’Albert
Voici quelques repères pour entrer dans l’histoire d’Albert et sa basilique, surnommée par le pape Léon XIII “la Lourdes du Nord”. Une ville dont la Grande Guerre a redessiné les paysages et offert, dans la reconstruction, un visage Art déco singulier.
Étangs et rivières, une vallée attractive
Dans les Hauts-de-France, au nord du département de la Somme, à 28 kilomètres d’Amiens et 33 d’Arras, Albert se situe au cœur d’un pays structuré par la vallée de l’Ancre, affluent de la Somme. Implantée sur un terrain marécageux et traversée par plusieurs bras de la rivière, la ville offre depuis longtemps des conditions favorables à l’implantation humaine et au développement agricole.
Très tôt, ce positionnement est renforcé par la présence d’une voie romaine reliant Amiens à Bavay, faisant de ce lieu un point de passage stratégique. Le sanctuaire gallo-romain de Ribemont-sur-Ancre, à une dizaine de kilomètres d’Albert, en témoigne.
Aujourd’hui, autour de la cité d’Ancre et de ses constructions de brique rouge, le paysage ondule, marqué par les traces de la bataille de la Somme. Le territoire jouit d’un climat tempéré. Il est ponctué de nombreux étangs qui participent à son attractivité auprès des amateurs d’activités de plein air. Un cadre de vie façonné par la nature mais aussi par l’histoire.
Albert en pays du Coquelicot : les dates à retenir
Antiquité
Des bases de constructions découvertes à proximité du centre-ville attestent de la présence humaine à l’emplacement actuel de la commune d’Albert.
Moyen Âge
Dès le VIIᵉ siècle, le site d’Encre (actuelle Albert) est attesté comme centre religieux, probablement donné par Dagobert Iᵉʳ à l’abbaye de Saint-Riquier, avec une communauté de chanoines mentionnée en 831. Les découvertes archéologiques successives (1840, 1892, 1894) révèlent une nécropole mérovingienne des VIᵉ-VIIᵉ siècles riche en sépultures, sarcophages et objets (armes, céramiques, bijoux), attestant une occupation structurée et durable du site.
XIᵉ siècle, découverte de la Vierge miraculeuse à l’origine du pèlerinage d’Albert par un berger. C’est le début d’un très grand pèlerinage dédié à la Vierge Marie.
À partir de 1178, on trouve les premières mentions officielles de la ville d’Albert sous le vocable d’Encre. En 1188, il y est fait mention d’une léproserie.
Au 14ᵉ et 15ᵉ siècles, Encre compte des drapiers, tisserands, bouchers, boulangers, poissonniers, cordonniers…
En 1435, le traité d’Arras rattache la ville d’Encre au royaume des ducs de Bourbon.
Époque moderne
En 1553 puis en 1554, victime de sa position stratégique, la ville est intégralement rasée par les troupes de Charles Quint. C’est le début de nombreuses destructions/reconstructions de la ville au cours de l’histoire.
En 1610, Concino Concini, favori de la régente Catherine de Médicis, devient marquis d’Ancre (le nom de la cité changera plusieurs fois d’orthographe). Il obtient le titre de maréchal de France trois ans plus tard. C’est à lui que l’on doit la nomination de Richelieu comme ministre. Son arrogance déplaît à Louis XIII, à la noblesse et au peuple, ce qui lui vaudra d’être assassiné en 1617 par ordre du roi.
1620, le roi Louis XIII offre à son favori et grand fauconnier Charles d’Albert la seigneurie d’Ancre qui portera désormais le nom de son nouveau seigneur : Albert
1636 puis 1637, Albert est entièrement détruite dans le contexte de la guerre de Trente Ans.
En 1695, Louis-Alexandre de Bourbon devient le seigneur d’Albert. Il est le fils de Louis XIV et de Madame de Montespan.
En 1769, la seigneurie d’Albert passe entre les mains de la famille d’Orléans.
Époque contemporaine
1789, c’est la Révolution française. Albert s’inscrit dans la Grande Peur, la ville se révolte.
Pendant la Terreur, la statue miraculeuse de Notre-Dame de Brebière est cachée dans un tonneau au fond d’une épicerie. Les cloches et statues de l’église sont cachées dans le grenier de l’hôtel de ville.
Au 19ᵉ siècle, la ville se transforme grâce à la révolution industrielle. Entreprises textile, métallurgie, mécanique… voient le jour.
En 1846, Albert est reliée à Paris et Lille par le train, la gare est inaugurée. Détruite pendant la bataille de la Somme, elle sera reconstruite en 1920 dans le style flamand. En hommage au génie d’Henry Potez, un de ses avions siège dans le hall depuis 1991.
1884 marque le début de la construction de la basilique à la demande d’Anicet Godin, alors doyen d’Albert. Avec l’essor de la ville, l’église paroissiale devient trop petite. Le nouvel édifice surprend par son style néo-byzantin singulier imaginé au XIXᵉ siècle par l’architecte Edmond Duthoit, élève de Viollet-le-Duc.
1895, le pape Léon XIII confère à l’église Notre-Dame de Brebières le titre honorifique de basilique mineure.
La Grande Guerre
Le 29 août 1914, la ville est occupée par l’armée allemande. Les bombardements incessants débutent en octobre de cette même année et ne cesseront qu’un an après.
Le 15 janvier 1915, dès le début de la Grande Guerre, un obus frappe le dôme de la basilique, laissant la statue de la “Vierge penchée” au-dessus du vide ; la légende disait que la guerre finirait quand la statue tomberait. Et en 1918 la statue tomba…
1ᵉʳ juillet 1916, les Britanniques s’unissent aux Français pour faire reculer l’armée allemande lors de la bataille de la Somme. Albert sert de point de départ pour des centaines de milliers de troupes britanniques. Ce jour aura été le plus sanglant dans l’histoire de l’armée de l’Empire britannique avec presque 20 000 morts. Aujourd'hui, cette hécatombe est visible à travers les dizaines de cimetières militaires du Commonwealth qui entourent la ville, comme le mémorial de Thiepval inauguré en 1932.
En 1918, située sur la ligne de front de la bataille de la Somme, la ville est détruite à 96 %. Elle est l'une des communes les plus dévastées de France, réduite à un champ de ruines.
La Reconstruction
1920-1932 : Albert renaît de ses cendres avec une architecture homogène de style "Art Déco", culminant avec l'inauguration de l'Hôtel de Ville et de son beffroi en 1932. On compte plus de 200 maisons comportant les attributs de ce style.
L'année 1925 sonne le début de l’histoire de l’aéronautique en pays du Coquelicot. Henry Potez, natif de Méaulte, installe dans cette commune voisine d’Albert son entreprise de construction d’aéroplanes. En 1930, l’usine emploie 3000 salariés et déjà 1000 avions ont été construits. Cent ans plus tard, l'entreprise est devenue un site stratégique du géant Airbus.
Entre 1927 et 1930, Louis Duthoit, fils d'Edmond Duthoit, reste fidèle au travail de son père et reconstruit la basilique Notre-Dame de Brebières à l’identique. Et la Vierge dorée retrouve son clocher.
L'occupation et la Résistance
Entre 1940 et 1944 : À nouveau occupée pendant la Seconde Guerre mondiale, la ville devient un foyer de résistance active, notamment pour protéger son potentiel industriel stratégique.
Le pôle du Tourisme de mémoire
En 1992 : la ville devient une étape incontournable du "circuit du souvenir" avec la création du musée Somme 1916, installé dans d'anciens souterrains.
1ᵉʳ juillet 2016 : la cantatrice Barbara Hendricks donne un concert dans la basilique Notre-Dame de Brebières pour les commémorations anniversaire de la bataille de la Somme.
Aujourd’hui la ville d’Albert compte presque 10 000 habitants.
La Légende du Berger : la naissance d’un pèlerinage millénaire
Le destin spirituel d'Albert naît au Moyen Âge avec la Légende du Berger : au XIᵉ siècle, un mouton, s'obstinant à brouter le même morceau de terre, aurait permis à son berger de découvrir une statue de la Vierge, faisant du lieu un foyer de pèlerinage suite à une succession de miracles. Cette protection divine deviendra un symbole mondialement célèbre lors de la Grande Guerre. La statue de la Vierge penchée, suspendue au-dessus des ruines après un bombardement en 1915, fit naître l'espoir chez les soldats que sa chute marquerait enfin la fin du conflit. C’est finalement le 16 avril 1918, sept mois avant l’armistice, que la statue tomba au sol sous les tirs britanniques destinés à déloger les Allemands installés dans le clocher.





