Alençon : la délicatesse insoupçonnée

Les bourgeons rosissent au printemps et la rosée du matin s'égoutte tendrement. J'arrive à Alençon discrètement, comme lorsque l'on surprend deux oisillons s'éplumant les ailes dans une fontaine. Silencieusement, on s'arrête et on observe la scène, nos yeux ronds et brillants, attendris. Un moment inattendu, rien que pour nous.

Visiter Alençon

Découvrir Alençon, c'est un peu ça. On s'y arrête souvent par hasard, à la recherche d'un bon restaurant sur la route des vacances. Et finalement, on en repart avec de précieux trésors dans nos valises ! Alençon distille une insoupçonnée délicatesse dans sa myriade de ruelles, et parfois même quelques histoires d'amour... Au-dessus d'un magnolia en fleurs, une fenêtre ouverte fredonne un air d'Ella Fitzgerald et de Louis Armstrong, "Dream A Little Dream Of Me". Une mamie secoue sa nappe par-dessus la balustrade et je l'imagine rejoindre son bien-aimé, le pas chaloupé et l'air malicieux. Mon aventure alençonnaise promet déjà de belles envolées !

Que faire à Alençon ce week-end ?

Le château des Ducs

Ancienne cité des Ducs et lieu de naissance de Sainte Thérèse de Lisieux, Alençon s'est développée au XIe siècle autour du Château des Ducs. Il faut savoir que c'était encore une prison, jusqu'en 2010. Initialement construit en bois par les seigneurs de Bellême, il a gagné en grandeur grâce à Pierre II d'Alençon. Il en a fait l'un des plus vastes et importants châteaux de Normandie au XIVe siècle. Deux siècles plus tard, Henri IV ordonna son démantèlement.

Je monte à la tour, comme une Raiponce hypnotisée, et contemple le ballet des nuages. Sur le fond bleu du ciel, j'entends presque le bruissement de leur course. Duveteux, comme une barbe à papa effilochée à la main... Ils passent, tout comme mes pensées. Méditatif...

Le quartier Léonard

Je passe par des passages secrets, sous les voûtes de pierre, et découvre des cours datant du Moyen-Âge : Hébert et Cochon de Vaubougon. Une immersion totale ! Je me faufile dans le centre-ville et remarque les jolis hôtels particuliers, les petites places fleuries... et le quartier Saint-Léonard, véritable scène de l’époque féodale. Il a, en effet, conservé ses venelles et ses maisons à pans de bois et en granit. J'y retrouve les plus anciennes demeures d'Alençon, où les blasons gravés au-dessus de certaines portes témoignent du passé glorieux des familles. Malheureusement, ces emblèmes ont disparu avec le temps, laissant une question en suspens : que signifie la clé gravée dans le bois de la façade du n°123 Grande Rue ? Une auberge ou bien une serrurerie ?

La Bibliothèque des Jésuites

La bibliothèque, autrefois église du collège des Jésuites, se révèle être d'une beauté romantique. À l’intérieur, une enfilade de boiseries en chêne orne la salle de lecture. L’on entendrait presque les pages des 728 manuscrits (137 médiévaux parmi lesquels un évangéliaire du IXᵉ siècle et 26 incunables — datant d’avant 1501, le début de l’imprimerie) se tourner délicatement. Un trésor est caché à l'abri de la poussière : la version originale et non censurée des Fleurs du Mal de Charles Baudelaire. La présence de cet ouvrage dans la bibliothèque s'explique par le fait que son éditeur (le seul ayant osé l'éditer !), Auguste Poulet-Malassis, était originaire d'Alençon.

La famille de Sainte Thérèse de Lisieux

Tout commence par une rencontre sur le pont de Sarthe. Une histoire d’amour est sur le point d’éclore ! Un beau jour de 1858, Zélie Guérin, jeune dentellière, croise Louis Martin, horloger. Au même moment, elle entend la Vierge Marie lui dire : “c'est lui que j’ai préparé pour toi”. Un coup de foudre, et trois mois plus tard, les voilà mariés à l’église Notre-Dame — à minuit pile. S’ensuivront 19 années d’amour et cinq filles, dont Sainte Thérèse de Lisieux, la Sainte la plus connue à travers le monde. Ils seront canonisés en 2015.

Au total, la famille possède trois saints, un fait rarissime !

Pourquoi ont-ils été sanctifiés ? Pour Zélie et Louis, ce fut grâce à leur dévotion aux autres, à Dieu “servi en premier”, à leur famille et à leur amour inconditionnel. Pour Thérèse de Lisieux, c'est grâce à l'écriture de son livre, devenu mondialement connu : "Histoire d'une âme". Dès sa parution, de nombreuses personnes (dont certaines béatifiées à ce jour) ont déclaré avoir été transformées par la lecture de Thérèse de Lisieux. Son livre, traduit en plus de 50 langues, est un best-seller qui a inspiré des adaptations au théâtre et au cinéma. 

La maison natale de Thérèse

La maison natale de Thérèse (musée) est un lieu chargé d'histoire familiale. Située rue Saint Blaise, elle abrite aujourd'hui un musée retraçant la vie des Martin. En y pénétrant, j'ai été émue par les alliances entrelacées, les souvenirs d'enfance, les jouets et le châle de mariée. Je me suis vraiment sentie transportée dans le quotidien des Martin en entrant dans leur cuisine. Les casseroles pendaient la tête en bas, le portrait de famille ornait un pan de mur, et une table avec une nappe rouge et un liseré doré semblait attendre le retour de ses propriétaires. J'avais l'impression d'être une invitée qui était arrivée un peu trop tôt. Personne n'était encore là. Tout paraissait figé, comme si la famille était partie en balade et allait revenir d'un instant à l'autre. Des livres, des lettres et un journal ouvert témoignaient de leur présence.

En montant l'escalier, on pouvait entendre la petite Thérèse appeler sa maman à chaque marche, attendant avec impatience son approbation pour descendre. Un passage unique conduit aux chambres et à la chapelle attenante. Ce qui rend cet endroit si singulier, c'est un mur transparent qui sépare la chambre conjugale de la chapelle. En me tenant dans l'église, je vois la chambre conjugale (à travers une vitre), et vice versa. Ce concept m'a vraiment fascinée !

La basilique Notre-Dame

Passons maintenant à la basilique Notre-Dame, un véritable chef-d'œuvre architectural. Dès l'entrée de son porche gothique flamboyant, on peut apprécier la finesse de cet édifice. Les ouvertures et les sculptures entrelacées créent une dentelle de pierre qui caractérise cette basilique, fièrement dressée sur la place de la Magdeleine, depuis plus de six siècles. Sa construction a débuté pendant la Guerre de Cent Ans et s'est achevée au XIXᵉ siècle. À l'intérieur, on peut admirer l'orgue, les vitraux et la robe de baptême de Thérèse. Louis et Zélie Martin s'y sont unis le 13 juillet 1858 et Thérèse y a été baptisée deux jours après sa naissance, le 4 janvier 1873. C'est également dans cette basilique que les funérailles de Zélie ont eu lieu, en 1877. Classée aux Monuments Historiques, elle a été élevée au rang de basilique en 2009 par le Pape Benoît XVI.

Pour les férus d'anecdotes, sachez que la place de la Magdeleine est construite sur un ancien cimetière où reposent encore des milliers d'ossements ! Et chose plutôt insolite, sur le portail gothique de la basilique, Saint-Jean est représenté nous tournant le dos. Plutôt atypique ! Allez demander à l’Office de Tourisme d’Alençon, ils ont la réponse au pourquoi du comment ! D’ailleurs, ils sont situés tout à côté, à la Maison d’Ozé. Cet immense logis porte le nom de son ancien propriétaire, François, de son doux prénom. On murmure que le futur roi Henri IV y aurait séjourné…

Le Point d'Alençon : un art de dentelle unique

La dentelle au Point de Venise était autrefois la préférence de la noblesse et du haut clergé. En 1665, Colbert décide d’établir une Manufacture Royale de dentelle à Alençon afin de produire une dentelle française d’excellence et interdit l’importation de dentelles étrangères. Dans le même temps, des dentellières, notamment Marthe La Perrière dont le nom est resté, étudient ces différentes dentelles à l’aiguille et finissent par mettre au point une nouvelle technique de fabrication de dentelle en 10 étapes. Elle s’imposera progressivement sous le nom de Point d’Alençon et a été couronnée "reine des dentelles" lors de la première Exposition universelle de Londres, en 1851.

Un secret de fabrication longtemps gardé par les sœurs de la Providence d’Alençon. Il perdure de nos jours grâce à l’École de Dentelle. Et c'est un art qui se mérite ! Il faut près de 10 ans pour maîtriser cet art délicat, exclusivement réalisé à la main. En effet, aucune machine n'est capable de reproduire cette finesse. Imaginez, il faut entre 7 et 15 heures pour créer une surface équivalente à celle d'un timbre-poste ! Ce savoir-faire unique a d'ailleurs été inscrit sur la Liste représentative du Patrimoine Culturel Immatériel de l'humanité par l'UNESCO, en 2010. Rendez-vous au Musée des Beaux-Arts et de la Dentelle, pour découvrir l'histoire, la technicité et les différentes étapes de fabrication de cette dentelle renommée.

Où manger à Alençon 

  • La Suite : Une cuisine moderne aux notes salées / sucrées délicieuses. Je me suis régalée. La salle est branchée, au calme. Le petit plus ? La cuisine ouverte !
  • L'Alezan : Des plats traditionnels brillamment revisités dans une ambiance “à la campagne” très chic. J’ai tellement aimé mon dessert que je n’ai pas pensé à le prendre en photo ! Pensez à réserver.
  • Les 4 Sens : Aussi beau que bon ! Dans l'assiette : de la couleur et des saveurs justes et équilibrées. Le personnel est très sympa et le service rapide !
  • Le San Remo : Pour changer d'univers et s'attabler en Italie ! Des pizzas très bonnes (j'en salive encore) et le patron très gentil.

Où dormir à Alençon

  • La Hulotte : Lovée dans ma petite cabane très cocooning, décorée avec un bric-à-brac délicatement chiné à la brocante, on y déniche des jolies choses. Une adresse toute douce, au calme, à dix mille lieues du monde.

 

Une découverte tout en finesse et délicatesse !

Reportage réalisé dans le cadre de ma mission “Mange, Prie, Aime” avec Villes Sanctuaires en France.

mardi
18 juin
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