Vézelay

Au sommet d’une colline éternelle, une basilique romane

Aux portes du Massif du Morvan, au départ de la “Via Lemovicensis” vers Saint Jacques de Compostelle, j’ai vu Vézelay, ville sanctuaire. La basilique sainte Marie-Madeleine qui culmine au sommet du Mont Scorpion. J’ai éprouvé de la reconnaissance envers ces hommes et ces femmes qui ont entretenu le village avec respect et sensibilité, pour offrir aux pèlerins de notre siècle un spectacle architectural émouvant, en dépit des tourments infligés par l’histoire. Une leçon d’art moderne, d’histoire et d’œnologie.

Depuis mon départ de Souvigny, je ne cesse de méditer le message de paix, reçu de saint Odilon et saint Mayeul, transmis depuis des siècles par ce sanctuaire du département de l’Yonne en région Bourgogne-Franche-Comté. Je m’apprête à découvrir la Basilique Sainte-Marie-Madeleine. Sur un éperon rocheux, entouré de vallées, vignobles et remparts, il y a une basilique romane et un village à ses pieds, tous deux inscrits sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO.

La nature Bourguignonne a revêtu son plus bel habit, un costume du vert tendre des jeunes feuilles qui lui va si bien. En cette mi-mai, la végétation s’invite, parfois grimpante, aux abords des maisons teintées de l’ocre clair de la pierre calcaire. Sur l’un des versants, et plus loin dans la vallée la vigne est touffue. Elle attend patiemment l’écimage de juin qui permettra une maturation satisfaisante du raisin de l’appellation “Le Vézelay”. Depuis les fortifications, je constate l’immensité de la surface boisée, m’imaginant bientôt chausser les godillots pour une incroyable randonnée dans le Parc Naturel Régional du Morvan. 
 

Un basilique aux dimensions impressionnantes

On prête à ce village de 500 habitants, une forme de poire, mais bien que j’apprécie particulièrement ce fruit juteux, ce pourrait-être aussi celle d’une grappe de raisin pour rester local. Le village a épousé son rocher d’accueil et en a exploité toute les surfaces pour s’étendre. Merci au Mont Scorpion de n’avoir pas été plus vaste, l’endroit est charmant. Si l’on est tenté, de prime abord, de choisir l’artère principale pour monter directement ouvrir son cœur à sainte Marie-Madeleine, j’ai préféré me perdre dans les ruelles parallèles ou transversales ponctuées de jardins et jolies maisons. 

L’air est encore frais, et l’ambiance paisible, je me sens légère avec la sensation que cet endroit me veut du bien. La basilique entièrement restaurée par Viollet-Le-Duc au XIXème siècle semble puissante. J’ai lu que les moines bâtisseurs ont pensé son architecture en fonction de la trajectoire du soleil. Avant de pénétrer la nef, mon regard s’arrête sur le tympan central du narthex. Au centre, un Christ en gloire, les bras écartés, et les volutes des plis fins et délicats de sa robe. Poussez la porte, entrez dans la lumière qui trace son chemin lors des solstices. Je me laisse porter par l’aura du lieu, à la fois immense et rassurant.

Que l’on soit croyant ou profane, ce bijou de l’art roman ne laisse pas indifférent. Ses proportions (19,5 mètres de hauteur du Narthex et 62,5 mètres de long de la nef) sont impressionnantes. Au IXème siècle un premier monastère est construit puis abandonné. Qu’à cela ne tienne, c’est sur la colline que l’on reconstruira l’abbaye. Au XIème siècle on jalouse son indépendance. A l’époque où les abbés de Cluny cherchent à imposer leur autorité spirituelle aux moines de Vézelay, apparaîssent les reliques de Marie-Madeleine. S’en suivent des foules de pèlerins offrant ainsi, une aide financière pour un bref répit avant de céder la puissance de l’ordre de Cluny. Si plusieurs siècles de conflits avec les comtes de Nevers ont contribué au déclin de l’abbaye, on sent que l’harmonie s’est désormais installée au cœur de ce petit village.

Grand Tympan du Narthex
Grand Tympan du Narthex
Nef de la Basilique Sainte-Marie-Madeleine
Nef de la Basilique Sainte-Marie-Madeleine

Vézelay rendez-vous des personnalités

Est-ce l’attrait de la riche figure féminine de Marie-Madeleine ou l’imprégnation spirituelle des lieux qui ont attirés des personnalités aussi marquantes que saint Bernard de Clairvaux, Philippe Auguste, Richard cœur de Lion, saint Louis, Prosper Mérimée, Viollet-le-Duc, Christian Zervos, Le Corbusier, ou Serge Gainsbourg ? Ce n’est donc pas un hasard si les Vézeliens traitent leur “colline éternelle” avec autant de bienveillance. Artistes, vignerons, frères et sœurs des fraternités monastiques de Jérusalem, maîtres en histoire de l’art, passionnés d’architecture, natifs de la commune, chacun raconte son village à qui veut écouter, parfois cela se fait au détour d’une venelle, d’un escalier, offrant à celui qui monte une respiration le temps d’une conversation.

S'il fallait décrire les sons, les petits bruits qui animent le village ce ne serait assurément pas celui de la circulation. Non, les voitures sagement garées sur des parkings extérieurs laissent le champ libre au concert des oiseaux, aux tintements des cloches, au cliquetis des bâtons des pèlerins qui frappent le sol. 

De mon passage à Vézelay, je retiens le plaisir de goûter au bain de lumière dans la longue nef de la basilique, celui d’approfondir ma connaissance de cette femme complexe et apôtre que fût Marie-Madeleine, et aussi d’avoir pu m’attarder dans la contemplation de quelques unes des œuvres des grands noms de l’art moderne loin des tumultes de la grande ville. Un village où l’art rencontre la spiritualité.
 

Statue de Marie-Madeleine
Statue de Marie-Madeleine
jeudi
13 décembre
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